Petit pays de Gaël Faye

Publié le par Mimi

Le bruit de la télévision au-dessus du bar couvre un instant le cours de ma pensée. Une chaîne d'infos en continu diffuse des images d'êtres humains fuyant la guerre. J'observe leurs embarcations de fortune accoster sur le sol européen...
L'opinion publique pensera qu'ils ont fui l'enfer pour trouver l'Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie n'est pas de l'information. Pourtant, c'est la seule chose qu'un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité.

Mais au temps d'avant, avant tout ça, avant tout ce que je vais raconter et tout le reste, c'était le bonheur, la vie sans se l'expliquer. L'existence était telle qu'elle était, telle qu'elle avait toujours été et que je voulais qu'elle reste.

Petit pays de Gaël Faye

​Burundi 1992.
Gabriel dit Gaby a dix ans. Il joue, lit, va à l'école, fait du vélo, retrouve ses copains pour des balades, du chapardage, des bêtises de gosses, des rires et des fêtes. Il est heureux. Il vit.
Puis vient la séparation de ses parents. Premier écueil dans sa vie d'enfant métis né d'un père français et d'une mère réfugiée rwandaise.

... Les voisins étaient surtout des Rwandais qui avaient quitté leur pays pour échapper aux tueries, massacres, guerres, pogroms, épurations, destructions, incendies, mouches tsé-tsé, pillages, apartheids, viols, meurtres, règlements de comptes et que sais-je encore. Comme maman et sa famille, ils avaient fui ces problèmes et en avaient rencontré de nouveaux au Burundi - pauvreté, exclusion, quotas, xénophobie, rejet, boucs émissaires, dépression, mal du pays, nostalgie. Des problèmes de réfugiés.


Burundi 1993.
Gaby fête ses onze ans et la fin d'une époque approche. Pour la première fois, les habitants vont voter pour élire un président. Et même si on ne parle pas politique à la maison, les copains sont là et servent de relais pour lui expliquer les changements.
Peu de temps après, le nouveau président est assassiné. La violence pointe son nez partout dans la ville, les quartiers, et même à l'école. Les Burundais se disputent, les Burundais se haïssent, les Burundais se séparent en deux clans, les Hutus et les Tutsis, comme au Rwanda le pays voisin.
L'enfance est terminée, Gaby doit choisir son camp mais comment faire face à la folie des hommes...

Cet après-midi là, pour la première fois de ma vie, je suis entré dans la réalité profonde de ce pays. J'ai découvert l'antagonisme Hutus et tutsi, infranchissable ligne de démarcation qui obligeait chacun à être d'un camp ou d'un autre...
La guerre, sans qu'on lui demande, se charge toujours de nous trouver un ennemi. Moi qui souhaitais rester neutre, je n'ai pas pu. J'étais né avec cette histoire. Elle coulait en moi. Je lui appartenais.

Gaël Faye se sert ici de ses souvenirs d'enfance pour raconter l'histoire de Gaby, enfant insouciant et qui aimerait le rester. Mais la haine, l'incompréhension, la bêtise des Hommes vont bouleverser son quotidien et c'est entre sourires et larmes qu'il va nous conter la montée de la violence.

Même si l'humour et la tendresse ne sont pas absents de ce récit, c'est bien d'une tragédie dont il est question ici, et même de deux tragédies. La première est bien sûr celle du génocide, et la seconde celle d'un paradis perdu, celui de l'enfance.

Outre l'évocation de la guerre ethnique, Gaël Faye n'hésite pas non plus dans cet excellent roman à évoquer l'inaction internationale, les dégâts collatéraux causés par la guerre (la folie, les camps de réfugiés, etc), le racisme des colons (avec le personnage de Jacques), la condescendance des Occidentaux face aux Africains (le fameux sac de riz)...

On rit, on pleure. Et au final on salue ce nouvel écrivain qui nous a fait toucher du doigt sa vérité, celle vue par un enfant.

Petit pays et grand auteur.

Si l'on est d'un pays, si l'on y est né, comme qui dirait : qnatif-natal, eh bien, on l'a dans les yeux, la peau, les mains, avec la chevelure de ses arbres, la chair de sa terre, les os de ses pierres, le sang de ses rivières, son ciel, sa saveur, ses hommes et ses femmes...
Poème de Jacques Roumain

Je tiens ici à remercier Audrey du blog Que Lire qui m'a offert ce livre grâce à l'opération concours de la FNAC. (Je vous rappelle que Gaël Faye est le lauréat du prix Roman FNAC.). Elle a aussi joint à son envoi, un très joli marque-pages qui rejoindra ma collection ainsi qu'un petit mot très sympathique que j'ai précieusement rangé dans mes petits papiers. N'hésitez pas à la retrouver sur son blog. Vous y découvrirez bien sûr son avis sur ce roman, mais aussi un certain nombre de critiques sur la littérature jeunesse (et bien d'autres choses encore).

Et je vous rappelle également que Manou du blog Dans la bulle de Manou a récemment fait un article sur ce même livre.

 

Tout ça pour vous prouver, si c'est encore nécessaire, que oui ce livre est magnifique et que oui, il faut le lire.

Publié dans Livres

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Pouet 10/10/2016 09:18

Mimi, je n'arrive plus à te suivre, tu lis trop vite !
Je note ce roman également, merci pour ton retour :)

Mimi 11/10/2016 09:59

J'en ai d'autres dans ma besace que j'ai lus et dont les critiques attendent leur tour...

Valérie 09/10/2016 22:18

Tout les avis convergent, il va falloir que je m'y mette.

Mimi 11/10/2016 09:58

C'est une très bonne idée !

Géhèm 06/10/2016 23:10

J'en ai écouté la présentation sur Inter (chez Paula Jacques, me semble-t-il) et j'en avais noté les références. Un avis favorable de plus.

Mimi 07/10/2016 08:55

Chouette, un lecteur de plus !

lemenuisiart 06/10/2016 20:01

C'est bien comme livre

Mimi 06/10/2016 21:34

C'est un très bon roman Christian que je t'invite à lire, à l'occasion.

L'Espigaou 06/10/2016 16:25

C'est noté sur ma longue liste.
Merci Mimi de nous en parler et de me faire connaitre cet écrivain.
Passe une belle journée
Bisous
Maryse

Mimi 06/10/2016 18:21

C'est un grand plaisir pour moi de partager ce très beau roman.