Pas de retour en Ostalgie de Wanda Hagedon (texte) et Jacek Fras (dessin)

Publié le par Mimi

Les onze premières années de ma vie se sont déroulées à Szczecin "revenue dans le giron de la patrie". Une enfance catholique, patriarcale et polonocommuniste donc dépressive, oppressive et répressive.

Rien d'exceptionnel dans ce parcours de vie, si ce n'est la première partie avec une vue sur la Pologne au début des années soixante. On y découvre la vie quotidienne à cette époque, à Szczecin (ville située près de la frontière germano-polonaise) avec les restrictions, la bigoterie ambiante, la propagande, les logements partagés.

L'école était un relais de la propagande. Elle ne nous apprenait pas à penser par nous-mêmes. Comme l'église, elle nous apprenait juste à obéir et faisait de nous des perroquets.

Dans nos jeux, les Polonais étaient toujours de vaillants et héroïques patriotes et les Allemands de cruels assassins. Aussi, les enfants de la cour voulaient-ils pour la plupart être des Allemands... Et ce alors que l'école, la radio et la télévision passaient leur temps à effrayer la population avec la menace des "révisionnistes" allemands à l'affût de l'autre côté de l'Oder pour nous reprendre notre ville.

Une enfance pas heureuse entre une mère sans tendresse et un père plutôt violent ou toujours en colère (l'éducation à l'époque était sévère et douloureuse). Pas d'amour non plus entre les parents. La seule consolation de l'auteure réside dans le lien qui l'unit à ses trois sœurs et avec qui elle partage les quatre cents coups.

Plus tard, au début de l'adolescence dans autre ville, suite à un déménagement, les quatre filles découvrent leur corps et le plaisir. Moins drôle, elles découvrent aussi la maladie d'Alzheimer chez leur grand-mère. Pour l'auteure, Wanda Hagedorn, c'est un drame, car c'est son seul refuge, la seule personne qui l'écoute, partage ses lectures et son affection.

Au moment du lycée, et sans doute pour l'éloigner de ses sœurs et pour ne pas être confronté à sa rébellion d'adolescente, son père l'envoie poursuivre ses études près de Varsovie, chez un membre de sa famille. La cohabitation se passera mal...

Au retour, on s'installait devant la télé. Le dimanche, il y avait des films de guerre polonais ou soviétiques. Ils n'étaient pas interdits aux moins de seize ans parce qu'ils ne montraient pas de scènes de sexe mais uniquement des scènes de violence et des meurtres.

On y parle aussi de l'éducation des enfants, qui est plutôt synonyme de dressage, de la condition féminine, de lectures (beaucoup)... Tout cela bien sûr à transposer dans le contexte historique.

Bref, une histoire qui en vaut une autre et qui est un exutoire pour l'auteure. En écrivant, elle a pu se libérer de tous ces non-dits, de toutes ces apparences qu'il faut maintenir face aux autres, de sa haine du père et de sa tendresse pour la mère.

Je ne me plais pas dans ce genre de lecture. C'est de ma faute, j'ai mal interprété la quatrième de couverture et ne me suis focalisée que sur les mots "la Pologne des années 1960". En fait, on n'y apprend que très peu de choses sur cette époque... Le reste est trop familial, trop personnel, trop froid.

Quant aux dessins, c'est une bande dessinée et j'ai oublié de le préciser, j'en ai aimé le trait, la simplicité et en même temps le foisonnement des détails, les couleurs (sombres au moment des restrictions). Et si j'ai lu cette histoire jusqu'au bout, c'est avant tout grâce aux dessins. Alors, je remercie Jacek Fras d'avoir si bien saupoudré ce récit de petites touches d'humanité, de fantaisie, de rigueur aussi.

Cette lecture m'a été offerte par Babelio et les éditions Steinkis que je remercie.

Pas de retour en Ostalgie de Wanda Hagedon (texte) et Jacek Fras (dessin)Pas de retour en Ostalgie de Wanda Hagedon (texte) et Jacek Fras (dessin)

Aujourd'hui, il m'apparaît clairement qu'en effet, je m'étais créé depuis ma tendre enfance un moi idéalisé à partir des rôles que je jouais dans la famille, et de mon identification à des personnages littéraires ou cinématographiques. Ce moi était précieux : il me sauvait de la perte et me procurait un merveilleux sentiment d'accomplissement. Le problème était que cet accomplissement illusoire m'empêchait de trouver mon vrai moi.

Publié dans Livres

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zazy 18/01/2017 22:59

J'ai un problème avec ce genre de BD, cela m'éloigne des mots

Mimi 18/01/2017 23:52

Ici, c'est une Bd assez bavarde , elle fait 230 pages...

Nell 18/01/2017 20:32

Je viens de lire le commentaire de Quichottine et je vais dans son sens, Mimi, bien que j'adore la BD. On ne se sert pas d'un livre pour régler ses comptes. Tu me fais plaisir en voyant deux petites pattes se balader sur ces dessins... Gros bisous, j'arrive tard car nous étions sur Toulouse. Belle soirée

Mimi 18/01/2017 23:49

Oui j'ai beaucoup de mal avec les témoignages personnels qui sont justement trop... personnels. Quant aux petites pattes, elles voyagent pas mal d'un livre à l'autre. Bisous Nell.

écureuil bleu 18/01/2017 20:04

Bonsoir Mimi. Après t'avoir lue, il y a peu de chances que je lise cette BD, qui a priori ne m'aurait déjà pas tentée. Bonne soirée

Mimi 18/01/2017 20:21

Je comprends...

CathyRose 18/01/2017 18:16

Encore un livre qui n'est pas pour moi, d'autant plus que je n'aime pas du tout les BD ! En plus il faut reconnaître que ce que tu en dis n'est pas très tentant ! Désolée ma Mimi ...
Belle soirée, bisous !
Cathy

Mimi 18/01/2017 18:45

Ce livre là, comme tu l'as remarqué, je ne le conseillerai pas...

manou 18/01/2017 17:42

Si je le croise en médiathèque je le regarderai quand même, mais ce que tu en dis ne me tentes pas vraiment. C'est le grand intérêt de teste les livres offerts dans le cadre des Masse critique de Babelio et ta sincérité permettra aux autres lecteurs de savoir à quoi s'attendre. Bises et une belle fin de journée

Mimi 18/01/2017 18:44

Ceci bien sûr n'est que mon ressenti. Je sais que d'autres lecteurs, au contraire de moi, aiment les témoignages de vie.