Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci

Publié le par Mimi

L'origami le plus populaire et symbolique au Japon est la grue.
La légende raconte que si l'on parvient à plier mille grues en papier, tous nos vœux se réalisent.

Monsieur Origami de Jean-Marc Ceci

J'ai suivi Casparo et suis entrée par effraction dans ce jardin couvert de kōzos (Le kõzo est un mûrier). Ici tout est silence et harmonie. En apparence.

Dans ce jardin, maître Kurogiku fabrique du papier. Mais pas n'importe quel papier. Du papier que l'on appelle washi et qui sert à faire de l'origami.
Maître Kurogiku est un expert en la matière, comme son père l'était avant lui. Maître Kurogiku a quitté le Japon pour retrouver une belle Italienne juste entr'aperçue, et s'est installé dans une ruine en Toscane. Il fabrique du papier, en vend et construit des figures en origami. En apparence.

Dans ce même jardin, arrive Casparo, un jeune ingénieur féru d'horlogerie qui rêve de créer la montre la plus complexe du monde. En apparence.

Maître Kurogiku et Casparo apprennent à se connaître. Maître Kurogiku et Casparo parlent et se taisent ensemble. De ces silences et de ces conversations vont naître des impressions puis des certitudes qui feront tomber bien des apparences.

- Cette feuille n'est pas un origami, c'est une simple feuille chiffonnée.
- Ce papier n'est pas chiffonné, Casparo. Je vous l'ai déjà dit.
- Et qu'est-il alors ?
Silence.
- Il est déplié.

... L'homme a plié la ligne du temps. En secondes. En minutes. En heures. En jours. En semaines. En mois. En années. En siècles. En millénaires. En ères. En éternité. L'homme sait ce que sont la seconde et le millénaire. Une griffe dans le temps. Un pli sur la ligne du temps. Mais le temps, le temps lui-même, la ligne qui ne contient pas de pli, qui n'a ni début ni fin ni mesure ni épaisseur, cela l'homme ne le comprend pas.

Tout, dans la vie, n'est-il pas que prétexte. Le brouillard n'est-il pas le prétexte de la clarté que l'on veut se cacher à soi-même. On sait, on prétend ignorer. On a la réponse, quand même on demande. On doute de soi, on prétend douter des autres. On est aimé, on prétend douter de cet amour.

Enfermée chez moi pour me protéger de l'ardent soleil estival, c'est presque dans la pénombre que j'ai lu ce roman. Cette atmosphère de calme et d'ombre se prêtait parfaitement aux mots de Jean-Marc Ceci. C'est un roman d'une grande simplicité, expurgé de toutes fioritures qui transporte le lecteur dans une autre dimension, celle de la beauté, de la pureté, d'une certaine forme d'humour, de sagesse et de philosophie. Celle aussi de la poésie, et plus exactement celle des haïkus : peu de mots forment de belles images. Même les termes documentaires et explicatifs semblent avoir été créés spécialement pour s'imbriquer harmonieusement dans le récit.


C'est le premier roman de cet auteur et je lui souhaite de tout cœur une belle et longue route jalonnée de mille grues...

Quant à moi, je remercie les éditions Gallimard pour ce beau cadeau, ainsi que Babélio.

À quoi sert-il d'avoir quand être nous manque.

Publié dans Livres

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écureuil bleu 21/08/2016 14:02

Bonjour Mimi. J'ai entendu parler de ce livre et j'ai apprécié ton article. J'aime beaucoup l'origami que je pratique mais pas vraiment les haïkus...

Mimi 21/08/2016 16:50

L'origami est un art fantastique. Je me souviens avoir vu un documentaire dans lequel un artiste faisait des origami gigantesques. C'était très impressionnant. Moi je n'ai pas la patience ni le doigté pour le faire...

Roguidine 19/08/2016 18:29

Bonjour Mimi,
merci pour ton passage sur mon blog ,
je te souhaite une bonne soirée, il pleut chez moi ! grrr

Mimi 19/08/2016 19:06

Belle soirée et à bientôt...

Nell 19/08/2016 14:28

J'adore cet Art que je trouve exceptionnel. Quant au livre tu en parles avec tellement d'enthousiasme... A noté! Gros bisous et merci pour tous tes mots...Belle et douce journée à toi.

Mimi 19/08/2016 15:28

Oui c'est un roman qui m'a touchée par son ecriture et par son thème : qu'est ce qui nous pousse à agir, à faire ceci ou cela... alors que l'on connaît la réponse. Un beau et bon livre. Bisous chère Nell.

yannn 19/08/2016 12:39

As tu un titre à proposer à notre petit oiseau danseur?
Il y a peu, c'était Claudio Capello, et la devinette, Lyon, Place Bellecour ....... Tu avais joué, je crois.
Merci pour ton avis, bien exprimé, trop de répétivité ........
Amicalement. Yann

lemenuisiart 18/08/2016 21:11

C'est tout un art

Mimi 18/08/2016 23:22

Tout comme l'ébénisterie Christian !