Magnus de Sylvie Germain

Publié le par Mimi

Tant pis pour le désordre, la chronologie d’une vie humaine n’est jamais aussi linéaire qu’on le croit. Quand aux blancs, aux creux, aux échos ou aux franges, cela fait partie intégrante de toute écriture, car de toute mémoire.

Franz-Georg a dix ans quand on fait sa connaissance. Il ne se souvient plus de son passé. Sa mémoire a été effacée après une forte fièvre quand il avait cinq ans. Il doit réapprendre sa vie, sa langue, son pays. La seule chose qui le rattache encore à son passé, c'est son ours en peluche Magnus aux oreilles roussies.

 

Qui sont ses parents ? Franz-Georg sent bien qu'on lui cache des choses sur son enfance, sur la profession de son père qu'il craint et admire en même temps. Mais cette admiration va finir brutalement le jour où il comprend que ce père en fuite est un nazi recherché pour les crimes qu'il a commis...

Il rumine le monde, et plus que jamais les accusations portées contre son père, ainsi que les circonstances de sa mort demeurées obscures. Mais une brume toujours empoisse ses pensées, entrave son questionnement, l'affection et la répulsion à l'égard de cet homme luttant désormais continuellement en lui.

De l'Allemagne en France, en passant par l'Angleterre, le Mexique, les Etats-Unis et l'Autriche, Franz-Georg cherche qui il est.
Quand il découvre que les Dunkental, ses parents aimés puis haïs en raison de leur appartenance nazie, ne sont pas ses parents biologiques, il peut enfin se débarrasser de cette "filiation nauséeuse" Et pour éloigner ce sinistre souvenir, il change son prénom en Adam Prénom qu'il changera encore, au fur et à mesure de sa quête, en adoptant celui de son ours en peluche, vraisemblablement plus proche de sa vérité. Enfin, grâce à sa rencontre avec un ermite (j'ai adoré cette partie là), il comprendra que peu importe son nom, il est.

"I have a dream". Les rêves sont faits pour entrer dans la réalité, en s'y engouffrant avec brutalité, si besoin est. Ils sont faits pour y réinsuffler de l'énergie, de la lumière, de l'inédit quand elle s'embourbe dans la médiocrité, dans la laideur et la bêtise.

Un très beau roman sur la construction d'un homme dont la mémoire est incertaine. Une construction originale, et quelquefois déconcertante, qui interpelle et éclaire le lecteur avec des suppléments d'histoires, de poésie ou de documentation qui s'intercalent dans le récit. Ces petits suppléments appelés notules, séquences, résonances, fragments permettent aux personnages de se confronter à l'Histoire.

Une écriture magnifique, un héros attachant en quête d'identité : un homme et son ours en peluche qui traversent les vicissitudes de la vie ensemble et la rencontre finale avec un moine qui apporte encore un supplément d'âme et de poésie...

Il est des fois des personnages en errance qui n'en finissent pas de déambuler dans la nuit du réel, et qui transhument d'un récit vers un autre, sans cesse en quête d'un vocable qui enfin les ferait pleinement naître à la vie, fût-ce au prix de leur mort.
Il serait une fois des personnages qui se rencontreraient à la croisée d'histoires en dérive, d'histoires en désir de nouvelles histoires, encore et toujours.

Décidément, plus je lis les écrits de Sylvie Germain, plus je suis éblouie par son écriture, son talent de conteuse, le rapport que ses personnages entretiennent avec l'Histoire, son imagination et son humanité...

Ce roman avait reçu en 2005, le prix Goncourt des lycéens. Un beau choix de la part de nos jeunes qui prouvent encore une fois que la poésie des mots ne leur est pas étrangère.

Que sait-on de ce qui a lieu dans la nuit du réel ? L'imaginaire est l'amant nocturne de la réalité.

Publié dans Livres

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zazy 09/12/2016 22:12

Très tentée par cette lecture. J'avais aimé "A la table deshommes"

Gomez Victoria - Lynn 09/12/2016 19:55

coucou j'ai l'impression que ce livre doit être dur

lemenuisiart 09/12/2016 19:16

La photo est superbe mais sa douceur n'est pas dans l'histoire

CathyRose 09/12/2016 17:34

Il doit être assez dur quand même ...? Moi du moment qu'il est question de nazisme je fuis à toutes jambes ! J'ai été traumatisée lors d'une expo que j'ai vue alors que j'avais 12 ou 13 ans, on ne m'y avait pas préparée et tu vois,plus de 40 ans après j'ai toujours du mal ...
Belle soirée, bisous !
Cathy

CathyRose 09/12/2016 17:32

Il doit être a