Le chapeau de M. Briggs de Kate Colquhoun

Publié le par Mimi

La mort de Thomas Briggs signifiait que, pour la première fois depuis l'invention du chemin de fer, un meurtre avait eu lieu à bord d'un train anglais.

J'ai bien aimé ce roman, plutôt ce documentaire ou comme sous-titré ce récit sensationnel du premier meurtre commis à bord d'un train anglais.

J'ai bien aimé car il a valeur de fait historique à plusieurs niveaux.
D'abord celui des trains en fonction à l'époque, des wagons plus exactement qui étaient en fait des boites hermétiques dans lesquelles prenaient place les voyageurs. Une fois à l'intérieur, vous pouviez avoir un malaise, aucun moyen n'était à votre disposition pour avertir le conducteur de la locomotive ou un passager d'un autre wagon. Ceci à son importance pour le meurtre dont il est question ici.

Deuxième intérêt, la recherche de l'assassin elle-même. Pas d'empreinte relevée (le système n'existait pas encore), évidemment pas de police scientifique, hormis la faible reconnaissance de la médecine légale (les tâches sont-elles du sang ?), pas de transmission télégraphique d'un pays à l'autre (service de courrier par bateau). Seuls des témoins apportaient parfois quelques réponses, mais peut-on compter sur la validité de tous les témoignages ? D'autant que le présumé coupable serait d'origine allemande...

En Angleterre, l'expertise scientifique était encore balbutiante et, de toute façon, les autorités judiciaires doutaient qu'il fût bon de laisser les laboratoires jouer un trop grand rôle dans les enquêtes criminelles. Par conséquent, le pays était en retard sur ses voisins européens...

Alors que de passagers nerveux discutaient de l'affaire, ce qui procurait le plus de soulagement était le fait que le suspect fût supposé ne pas être anglais. On pouvait, peut-être, moins s'inquiéter des intentions crapuleuses de ses compagnons de voyage tant qu'ils n'avaient pas un accent haché.

Ensuite, le rôle des médias, enfin des journaux seulement, qui s'emparaient des affaires criminelles et obtenaient tous les renseignements possibles pour tenir au courant leurs nombreux lecteurs. Renseignements avec lesquels ils pouvaient influer en faveur ou défaveur du supposé criminel et donc influencer aussi les jurés.

Le caractère outrancier des articles concernant l'identité, le tempérament et les antécédents de Müller (le suspect) était typique. On se délectait à l'idée de son arrestation et du châtiment qu'elle entraînerait.

Puis la justice anglaise qui interdisait à l'époque au criminel de prendre la parole au cours de son procès, sous peine de s'auto-incriminer. Le rôle du procureur qui prônait la non-ingérence dans le débat des jurés mais qui les orientait de façon insidieuse.
Il est à noter que si le procès avait lieu, c'est qu'il avait d'abord été jugé apte à se tenir en fonction des preuves détenues.

De même que la police avait l'interdiction d'interroger Müller après son arrestation, la loi anglaise prévoyait que, dans le cas de crimes passibles de la peine de mort, les détenus et leurs conjoints étaient "inhabiles à témoigner"... Ce silence imposé était destiné à les protéger du risque de s'incriminer eux-mêmes lors du contre-interrogatoire, mais en vérité il les empêchait aussi d'exprimer leur propre version des faits.

Et enfin, le dernier intérêt historique concerne le rôle de la peine capitale qui sévissait encore en Angleterre et les débats autour de ce châtiment.

Bref, j'ai bien apprécié cette enquête historique qui défraya la chronique en son temps (fin XIXe) en Angleterre et à New York (le supposé assassin avait pris le bateau pour s'installer aux Etats-Unis) et qui maintint en haleine le suspens pendant des mois. De plus, elle a le mérite d'offrir une peinture exacte  de la société sous l'ère victorienne.

Londres, 9 juillet 1864.
Un banquier a été assassiné à bord d'un train. Son corps retrouvé en gare de Hackney (banlieue de Londres) devient un événement d'une importance capitale. La nouvelle technologie que représente le chemin de fer, est remise en cause et devient aussi la bête à abattre.

 

Traduit de l'anglais par Christine Laferrière

Publié dans Livres

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Par chez moi 12/07/2017 21:20

Tu m'as donné envie de lire ce livre ! (j'ai du mal à m'inscrire à ta news )
Bonne soirée ...

Mimi 12/07/2017 21:27

Pour l'inscription, je n'ai aucune solution à te proposer. Nous sommes toutes les deux sur OB, alors...

Mimi 12/07/2017 21:27

Pour l'inscription, je n'ai aucune solution à te proposer. Nous sommes toutes les deux sur OB, alors...

Mimi 12/07/2017 21:26

C'est un bon livre qui nous fait découvrir comment on menait une enquête en Angleterre au XIXe sans les moyens d'investigation que l'on possède aujourd'hui.

lemenuisiart 12/07/2017 13:14

J'aime beaucoup la couverture.

Maryline 12/07/2017 11:44

Un polar l'été, ça ne se refuse pas, d'ailleurs j'en lis un. Je note le titre de celui-ci, ton billet m'a donné envie de le lire, la peinture de la société victorienne me tente...
Merci Mimi
belle journée!
bisous

Mimi 12/07/2017 12:59

Ce n'est pas vraiment un polar dans le vrai sens du terme, mais la reconstitution historique d'une enquête policière !

Mary de Bx 12/07/2017 11:30

Très certainement un bon livre je le ressens dans tes écrits !

Mimi 12/07/2017 12:58

Merci Mary ! C'est vrai que cet ouvrage m'a beaucoup plu par son côté essentiellement historique.

Quichottine 11/07/2017 19:49

Tant de livres !
Merci encore pour celui-ci.
Bisous et douce soirée.

Mimi 11/07/2017 22:39

Tant de livres... encore à découvrir et si peu de temps !