La mère de Maxime Gorki

Publié le par Mimi

Dans leurs relations, c'était surtout un sentiment d'animosité aux aguets qui dominait les gens et qui était aussi invétéré que la fatigue de leurs muscles. Ils étaient nés avec cette maladie de l'âme qu'ils héritaient de leurs pères, qui les accompagnait comme une ombre noire jusqu'à la tombe, et leur faisait commettre des actes hideux d'inutile cruauté.

La mère de Maxime Gorki

Pour toi mon fils, j'oublierai ces années de misère conjugale quand ton père, ivre mort, rentrait du travail pour me battre.
Pour toi mon fils, j'écouterai ta voix qui distillera petit à petit aux jeunes de ton âge ce qu'est notre condition d'ouvriers.
Pour toi mon fils, j'apprendrai à regarder en face notre vérité : travail, misère, maladie, pauvreté.
Pour toi mon fils, j'ouvrirai les livres interdits pour réapprendre à lire et à comprendre.
Pour toi mon fils, je soutiendrai ton idéal politique, le socialisme...
Je ferai tout cela pour toi, mon fils...

C'était la première fois qu'elle entendait parler ainsi d'elle-même, de sa vie, et ces mots éveillaient en elle des pensées vagues, endormies depuis longtemps, ravivaient doucement le sentiment éteint d'une insatisfaction obscure de la vie, ranimaient les pensées et les impressions de sa jeunesse lointaine...
Elle le savait. Tout ce que disait Paul de la vie des femmes, c'était la vérité, l'amère vérité ; et dans sa poitrine, une foule de douces sensations palpitait, leur tendresse inconnue lui réchauffait le cœur.
- Et alors, qu'est-ce que tu veux faire ?
- Apprendre, et ensuite apprendre aux autres. Nous devons étudier, nous autres ouvriers. Nous devons savoir, nous devons comprendre d'où vient que la vie est si dure pour nous.

Pélagie, mère russe soumise et très croyante, voit sa vie et ses habitudes bouleversées par l'engagement de son fils dans la lutte ouvrière. D'abord effrayée par le comportement de son fils, elle va petit à petit ouvrir les yeux sur sa propre condition sociale, adhérer aux idées de la jeunesse russe et prendre une part active dans les décisions du mouvement.
Même si le livre aborde l'histoire de la montée du militantisme socialiste, c'est avant sur sur le personnage de Pélagie qu'il faut se pencher. C'est bien, elle, la mère, humble ouvrière sans éducation ni conscience, qui peu à peu sous l'influence de son fils et de ses amis, va se révéler. Son parcours force l'admiration. Par amour, par abnégation, elle franchira toutes les étapes.

... Elle se remémorait son passé : il lui apparaissait comme un chemin qui s'étirait, sombre, étroit, morne. Sans s'en douter, elle prenait la conscience tranquille de son utilité dans cette nouvelle existence ; autrefois, elle ne s'était jamais sentie utile à qui que ce fût, tandis que maintenant elle savait clairement que beaucoup avaient besoin d'elle ; c'était un sentiment nouveau, agréable, qui lui faisait dresser haut la tête...

... Elle voyait qu'il y avait de tout en abondance sur la terre, tandis que le peuple était dans le dénuement et végétait à demi affamé à côté de richesses innombrables. Dans les villes, il y avait des temples d'or et d'argent dont Dieu ne sait que faire, mais sur le parvis, les miséreux grelottaient, attendant en vain qu'on leur glissât dans la main quelque menue monnaie. Elle avait déjà vu ce spectacle autrefois, les riches églises avec les chasubles brodées d'or des popes, les taudis des indigents et leurs guenilles infâmes ; mais alors cela lui semblait naturel tandis que maintenant, elle trouvait cet état de choses inadmissible et outrageant pour les pauvres, à qui, elle le savait bien, l'église est plus chère et plus nécessaire qu'aux riches.

Le livre est d'une belle construction. Au fur et à mesure que Pélagie gagne en connaissances et en conscience, on suit l'ascension du mouvement révolutionnaire qui secoua la Russie après 1905. Il faut aussi souligner la qualité des descriptions, celles des paysages et portraits, mais aussi et surtout celle des usines où la laideur est transcrite de manière remarquable.

Un très beau roman, une très belle héroïne que j'ai rapprochée immédiatement d'une autre très belle femme de papier, "Mère courage" de Bertolt Brecht.

Il lui sembla qu'elle n'était plus celle qui s'était tant inquiétée et alarmée pour son fils, qui avait vécu de la pensée de le conserver sain et sauf ; cette Pélagie-là n'existait plus, elle s'était détachée, était partie très loin on ne sait où, s'était peut-être consumée dans le flot des émotions, et son âme s'en trouvait allégée, purifiée, une nouvelle force régénérait son cœur.

La Mère, Maxime GORKI, éditions Le Temps des Cerises, 2013, collection Roman Des Libertés, roman traduit du russe par René Huntzbucler

Publié dans Livres

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Géhèm 04/10/2016 08:36

Très beau livre, j'aime bien ton rapprochement avec "Mère courage".

Mimi 04/10/2016 21:20

Une femme de tempérament aussi, mais au contraire de celle de Gorki, c'est elle qui a mené ses enfants dans les combats...

muriel 29/09/2016 20:24

je l ai lu il y a très longtemps et c'est un livre magnifique! un très beau souvenir!!!

Mimi 29/09/2016 23:09

Un très beau souvenir, c'est ainsi qu'il restera aussi dans ma mémoire. Une femme courageuse, persévérante, bienveillante, exceptionnelle...

CathyRose 29/09/2016 18:29

Avec toutes mes excuses ... Mimi !!!!!

CathyRose 29/09/2016 18:28

Bon désolée Manou mais encore une fois ce livre ne m'attire pas ! Dès qu'il est question de politique je fuis, même si j'imagine que c'est un beau portrait de femme !
Belle soirée, bisous !
Cathy

CathyRose 29/09/2016 20:20

C'est justement parce que vous avez des points communs, la même plate-forme pour vos blogs, et que vos billets sont parus presque en même temps que j'ai fait l'erreur !!!!
Bisous Mimi
Cathy

Mimi 29/09/2016 20:05

L'association avec Manou ne me déplaît pas du tout, Cathy, j'ai pas mal de points communs avec elle. Quant au livre, chacun ces choix et oui ce qu'il faut retenir de celui-ci c'est ce beau portrait de femme. Belle soirée !

Bernieshoot 29/09/2016 18:00

un portrait poignant d'une femme forte