Je suis toujours Charlie...

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Un an après les événements, je suis et reste Charlie. Être Charlie c'est affirmer mon attachement au principe de la liberté d'expression. C'est aussi refuser que des extrémistes de tous bords puissent me dicter ma conduite. Alors oui, un an après je signe et persiste...

Où sont les autres ? Un an après, les files de clients qui attendaient le journal événementiel ne sont pas là. Chez le buraliste, une pile de journaux attend tristement que des acheteurs éventuels se présentent. Que sont devenus les élans de solidarité qui ont poussé les Français à se manifester ? Un an après, la liberté d'expression n'est-elle plus un principe fondamental de notre constitution ? Je m'interroge.

Je ne suis pas la seule.

Didier, un ami, exerce la difficile profession d'épicier de village. Difficile ? Oui. Son petit magasin est ouvert sept jours sur sept. En plus de vendre de l'épicerie, il propose aussi une multitude de services (dépôt de pain, presse, réception de colis, etc). Il faut bien boucler les fins de mois ! Donc le fameux slogan "travailler plus pour gagner plus" ne s'applique pas ici. Mais là n'est pas l'essentiel, quoique ! Didier est une personne qui s'investit à fond dans tout ce qu'il fait. Il est toujours à la recherche de nouvelles idées pour avancer.

Mais voilà, depuis quelques temps, son petit commerce périclite dans l'indifférence générale. Et hier, le triste anniversaire de l'attentat de Charlie, l'a fait réagir pour plusieurs raisons. Je vous livre ici, avec son autorisation bien sûr, son coup de gueule.

"Six janvier 2016

Aujourd’hui, le livreur de presse m’a apporté le CHARLIE HEBDO commémoratif “1 an déjà” ou plutôt “L’assassin court toujours” comme titre l’hebdomadaire.

Aujourd’hui, pas de liste interminable de réservation comme il y a 1 an où j’avais vendu près de 70 exemplaires du journal satirique, en comparaison avec les 4 ventes de l’année écoulée.

Aujourd’hui, pas de cohue d’inconnus devant l’entrée du magasin, éclairé par la lumière blafarde d’un éclairage public à l’agonie, et trépignant en attendant ma venue.

Aujourd’hui, pas de regards furibonds en réaction à ma réponse: “Je suis désolé mais tous les exemplaires reçus ce jour sont djiad réservés, souhaitez-vous que je vous inscrive, je vais essayer d’en recommander." Aujourd’hui, pas d’insultes ou de menaces parce que je respecte ma parole donnée et délivre les exemplaires de Charlie dans l’ordre des réservations.

Aujourd’hui, pas de dame outragée qui pour la ènieme fois, vient dans mon magasin et sans susurrer le moindre bonjour, aboie après son Charlie.

Aujourd’hui, pas d’élan national de solidarité antityranique venant tsunamiser mon quotidien de par trop banal.

Aujourd’hui, et depuis 1 an, je n’ai pas revu 90 % des hérauts de la France qui s’insurgent contre la barbarie destructrice des symboles de la nation.

Aujourd’hui, sans verser la moindre goutte de sang, le commerce local se meurt dans l'indifférence générale des donneurs de leçon de solidarité.

Je suis Didier, mais mes voisins s’en foutent."

En cette période de vœux, je te souhaite, cher Didier, d'être lu, entendu et soutenu...

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Caroline 08/01/2016 22:08

Il a, malheureusement, tout à fait raison dans son coup de gueule..
Je suis toujours Charlie.

Bernieshoot 07/01/2016 19:15

Que cela fait du bien d'entendre du parler vrai, il y a un an il fallait avoir son charlie, un peu comme le dernier jouet à la mode, pourtant partager la peine ne se fait pas seulement en achetant un exemplaire .. Nous avons déserté les grandes surfaces pour nous tourner vers les petits commerces, moins loin et humains .; ce sont de vrais choix d evie

Sandrine J. 07/01/2016 16:16

J'oubliais l'essentiel : merci Mimi pour cet article !

Sandrine J. 07/01/2016 16:15

Nell et Pol ont tout dit je pense...
Les gens qui se donnent des airs en s'annexant à des mouvements de foule pour se donner l'impression d'exister m'exaspèrent...
Non, je n'ai pas acheté Charlie lors de sa sortie après les événements, simplement parce que je n'avais pas pour habitude de l'acheter.
Non, je n'ai donc pas fait comme les 2/3 des acheteurs ce jour là : acheter pour le paraitre et j'en suis fière.
Je suis moi, comme Didier est Didier.
Cela ne nous empêche pas de soutenir les personnes dans le besoin mais inutile pour cela d'aller défiler aux yeux de tous ou d'attendre une catastrophe d'envergure.
Chacun de nous a un rôle à jouer dans cette société, chacun de nous est important, nous avons tous une valeur. Que ceux qui ne mettent pas les priorités aux bons endroits restent dans leur coin... et nous : restons ensemble pour nous soutenir et construire des choses vraies et sincères...

Nell 07/01/2016 14:00

Et voilà que ce constat je le revois partout et cela m'indigne et me désespère. On crie toujours lorsque le loup sort du bois, mais après son passage on se moque du petit agneau qui bêle désespérément devant son écuelle vide. Un grand bonjour et un grand soutien à ton" petit épicier". Dis-lui bien qu'il reste des gens qui comptent et sont avec lui pour donner à cette belle France l'image d'un peuple qui n'est pas dans l'indifférence de l'autre et qui y travaillent tous les jours. Bien bel après-midi, Mimi, et à bientôt