Des carpes et des muets d'Edith Masson

Publié le par Mimi

" Ce n'est pas ce qu'on peut imaginer que je redoute. C'est ce que les gens ont envie de croire. Les gens, ce n'est pas la vérité qui les intéresse, c'est que ça fasse des histoires, et de sales histoires. "

J'ai bien aimé l'atmosphère de ce village ou tous les personnages se côtoient, échangent ou restent silencieux tout en partageant leur quotidien. Un village de campagne dans lequel chacun connaît son voisin et sa façon de vivre, les gens qu'il fréquente et ceux qu'il évite.

Du voyeurisme ? Non, seulement un espace-temps qui semble figé à une certaine époque, celle où on prenait le temps de partager (ou de taire) la vie et ses tourments.

Elle s'était tue, tout à coup absorbée, comme égarée dans un rêve. Sur ce visage qu'il ne lui avait jamais connu, il vit glisser des émotions insoupçonnées comme des poissons à fleur d'eau, sitôt entrevus, sitôt disparus, des pensées fugaces qu'il aurait voulu retenir. Toute une profondeur de vie courait sous ce visage d'ordinaire éteint, et tout le feuilleté d'une conscience dont il ne soupçonnait rien l'instant d'avant s'ouvrait à lui, ravissant son imagination. Quand elle leva la tête, il rougit.

Mais dans ce petit village donc, où tout semble paisible, on découvre un sac rempli d'ossements humains, au moment où l'on vide le canal pour un curage. A qui donc peuvent-ils appartenir ? Et pourquoi une telle mise en scène ? Parce que bien sûr, ces os déposés là l'ont été volontairement et très récemment... Le village s'émeut, s'ébroue, sort de sa léthargie et peu à peu on s'aperçoit que nombre d'habitants ont quelque secret bien gardé et des squelettes dans le placard...

On fait tous semblant, plus ou moins, on s'accroche. On s'accroche le plus longtemps possible à l'idée que les choses pourraient être ce qu'il faudrait qu'elles soient, ce qu'on voulait qu'elles soient quand on y rêvait. Alors on se contente qu'elles en aient l'air. Ca suffit au début, ça suffit longtemps, toute une vie parfois. C'est tellement dur de renoncer.

Ce n'est pas un roman policier. Vous ne trouverez pas de réponse à la question, mais par contre vous découvrirez des habitants aux vies fragilisées par l'amour, le deuil, le regret, la malveillance... mais aussi des habitants unis (muets) devant l'adversité.
C'est un roman d'atmosphère, de climat, de tension, de regard sur la vie qui s'écoule, d'odeur nauséabonde parfois. Les âmes, comme le canal, doivent être nettoyées.

C'est beau. C'est poétique et mélancolique. L'écriture est d'une extrême douceur (même dans les coups de gueule, comme si la chaleur ambiante empêchait tout débordement) et les personnages ont tous des noms et prénoms (Phlox, Irmine, Basillide, Clovis, Hilaire...) qui vous emmènent loin, ailleurs. Et pourtant, c'est là tout proche...

C'est le premier roman de cette auteure et je peux vraiment dire que la rentrée littéraire 2016 est vraiment un bon cru.

Il se rappela ce jour où enfant, il avait demandé à cette femme de l'Assistance Publique comment il se faisait que les fleurs qu'on semait dans les plate-bandes s'appelaient comme lui, Phlox, si quelqu'un de sa famille les avait inventées... Il se souvenait du rire aigu de l'assistante et de sa réponse : " Phlox ? Mais mon petit, Phlox, c'est juste un nom qu'on t'a donné comme ça."

J'ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui m'a gentiment été prêté par Colette dont vous trouverez le blog littéraire et la critique du livre ici. N'hésitez pas à lire ses chroniques et à partager vos ressentis avec elle, et si jamais vous êtes séduit(e) par un roman, elle peut vous le prêter le temps que vous voulez ! J'ai été agréablement surprise par son offre et je l'en remercie encore.

Il connaissait bien cette vague ramassée sur elle-même, la vague invisible des rages qui roulent sous le calme apparent d'un océan plat et, le moment venu, se déploient avec fracas. Un simple mouvement de la vie la casse, elle s'éteint sans dommage ; un autre l'attise et c'est l'imprévisible marée, que rien n'arrête ni ne contient.

Publié dans Livres

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écureuil bleu 21/01/2017 11:53

Bonjour Mimi. Je n'avais pas entendu parler de ce roman et ce que tu en dis me donne envie de le lire...

Mimi 21/01/2017 12:45

Oui, il est passé presqu'inaperçu, noyé sous le flot des livres, lors de la rentrée littéraire 2016. Alors, il faut le sortir des oubliettes car il le mérite...

lemenuisiart 20/01/2017 19:21

Il doit-être bien celui là

Mimi 20/01/2017 23:01

Dès les premières pages, on est plongé dans une ambiance bien particulière...

zazy 20/01/2017 18:04

Je me doutais bien qu'il te plairait
Tu sais que mes livres voyagent, alors....

Mimi 20/01/2017 23:00

Un très bon moment de lecture. Merci Colette pour ce beau partage.

L'Espigaou 20/01/2017 17:38

En principe je n'aime pas trop les romans pliciers j'ai du en faire une overdose à l'adolescence mais celui ci il semblerait que le roman plicier ne soit qu'un prétexte à l'histoire d'une ville et de ses habitants.
Il a l'air bien intéressant
Tu m'as convaincue.
Je le note donc mais ma liste est tellement longue que je ne le lirai certainement pas d'ici plusieurs mois.
Bonne fin de journée
Bisous
Maryse

Mimi 20/01/2017 17:47

Je confirme Maryse, ce n'est pas un roman policier mais un roman d'atmosphère. Bonne soirée ! J'espère que tu n'es plus malade maintenant et que tu restes bien au chaud....

Nell 20/01/2017 16:11

Ouhh!! une atmosphère étrange plane sur ce petit village à l'apparence si tranquille... Un sujet qui me plairait bien, et puis, tu en dis tellement de bien. Gros bisous, Mimi et très agréable wek-end

Mimi 20/01/2017 17:49

J'ai beaucoup aimé ce roman. Tu sens que les habitants sont liés entre eux, qu'ils se connaissent mais qu'ils ne savent pas tout des uns et des autres. Alors, le lecteur avance avec précaution...