Mémoire de fille d'Annie Ernaux

Publié le par Mimi

Mémoire de fille d'Annie Ernaux

Un chien qui tourne en rond en essayant d'attraper sa queue. Voilà l'image singulière qui me vient spontanément à l'esprit lorsque je referme ce livre, à la fin de ma lecture.

Je n'ai pas choisi ce livre. Personnellement, je m'en serai bien passé. Mais je fais partie d'un groupe de lecture dont le choix s'est porté sur ce titre et cette auteure.

J'avais lu d'autres récits d'Annie Ernaux (La place et L'autre fille), toujours centrés sur elle-même et que je n'avais pas appréciés. Je n'aime pas les gens qui se regardent se regarder. Je n'aime pas les gens narcissiques. Je regrette d'avoir eu à payer cette consultation, j'aurais préféré que ce soit elle qui me paie pour avoir abusé de mon temps, j'aurais trouvé ça beaucoup plus rationnel et méritant. Une autre chose encore que je n'aime pas dans ce genre d'écrits, ce sont les règlements de compte sur fond de papier, en faisant semblant d'utiliser les initiales des personnes ou des lieux pour maintenir un hypocrite anonymat.

Dans ce livre, l'auteure s'arrête sur la jeune fille qu'elle était en 1958 et sur son premier rapport sexuel. De cette introspection, je n'ai apprécié que l'analyse de la vie quotidienne des jeunes des années cinquante et soixante, et surtout celle des filles, avec l'émancipation féminine en marche et sa difficile mise en place. Une analyse qui replace la femme, celle d'aujourd'hui n'en est pas exclue, dans ses attentes, ses désirs et ses désillusions quant à la sexualité et la condition féminine.

D'aucuns disent que son écriture est sublime et que Marcel Proust n'a qu'à bien se tenir. Moi, ça me fait doucement rigoler, ce genre de propos. Des Marcel Proust, j'en connais plein. J'entends par là des personnes qui aiment parler d'elles. Elle écrit bien certes et se lit facilement. D'autant plus facilement que son sujet de conversation unique devient ronronnant, surtout lorsqu'elle nous livre ses investigations sur Internet pour retrouver ses copains d'avant...

D'autres disent que ce livre est le chaînon manquant de sa biographie et de la compréhension de son auteure. Pourquoi donc brider ainsi Annie Ernaux ? Laissez-la s'épancher sur la jeune femme de 1969 (année érotique), sur la femme des années 80 (femme jusqu'au bout des seins),.. Et surtout, moi, j'aimerais qu'elle aborde enfin la centenaire qu'elle sera en 2040. Qu'elle fasse preuve, pour une fois, d'imagination pour nous annoncer l'avenir et terminer de ressasser le passé. Mais je gage que ce livre-là sera salué par la critique comme le livre de la maturité !

J'assume mes choix et mes non-choix. De toute façon, il y a tant de nouveautés à lire chaque année que je peux faire l'impasse, et sans me priver, sur ceux d'Annie Ernaux.

Publié dans Livres

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Quichottine 17/06/2016 16:02

Elle habite ma ville... alors, bien sûr, j'ai commencé par ce billet pour te lire. :)

J'avoue que j'ai eu ma période "pour", et puis ma période "contre"... et enfin, j'ai décidé de la lire de temps en temps, car il n'est jamais bon de "tout" lire d'un auteur, je n'en connais aucun qui ne m'ait pas déçue, un jour ou l'autre.

J'ai aimé les premiers livres, j'ai détesté "Passion simple"... et puis, je me suis réconciliée avec "Les années". Un livre qui m'a été offert.

J'ignore si j'en achèterai d'autres, je ne crois pas. Il y a tant d'auteurs que je n'ai jamais lus, tant de talents aussi à découvrir... Elle est désormais pour moi sur la liste des auteurs de bestsellers qui n'ont aucun besoin de plus de lecteurs, même si je sais que cette liste me prive peut-être de beaux moments de lecture.

En tout cas, j'ai adoré ta franchise dans ton compte-rendu de lecture. Tu ne mâches pas tes mots et ça fait du bien. :)

Merci, Mimi.
Passe une douce soirée.

Valérie 05/06/2016 12:04

J'aime ton billet. J'ai adoré Des années de cette auteure et ça s'arrête là. Et puis, l'autofiction, je n'en peux plus.

lemenuisiart 04/06/2016 18:44

Hé bien c'est bien dit

manou 04/06/2016 07:24

C'est le problème avec les groupes de lecture...Dans le mien nous ne partageons qu'une lecture commune par an d'une oeuvre, une pour un auteur (souvent un classique), une sur un thème qui peut être un pays, un genre de lecture...et les autres réunions sont libres pour échanger surtout sur nos découvertes mutuelles...ce qui nous donne forcément pleins d'idées. Et comme nous venons d'horizons différents c'est tout à fait enrichissant.
J'ai aussi du mal avec Annie Ernaux...J'avais été touchée mais aussi dérangée, je crois, par "la place" que j'avais lu dès sa sortie justement parce qu'elle parlait d'émancipation féminine et que j'étais jeune, mais je ne me suis jamais laissée tenter par d'autres titres.
Merci de ta franchise !

yannn 03/06/2016 18:32

Coucou, bonjour;
et bien tu ne mâches pas tes mots.
Et pourquoi le faire, puisqu'ils sont le reflet de ta pensée, démarche qui se veut constructive puisque tu donnes des idées pour son prochain livre. 2040 ........ De quoi se projeter dans l'à venir.
Te souhaite un bonn Wend, et peut être un autre livre qui te fera tourner la page, les pages .....
Yann