Glacé de Bernard Minier

Publié le par Mimi

Les gens sont des icebergs... Sous la surface gît une énorme masse de non-dits, de douleurs, et de secrets. Personne n'est vraiment ce qu'il paraît.

Glacé de Bernard Minier

Une lecture réjouissante ! Oh pas par le contexte, c'est sûr, une série de crimes n'a jamais réjoui quiconque, enfin quiconque d'à peu près "normal". Mais qu'est-ce que la normalité, allez-vous rétorquer ? Et bien la réponse est ailleurs, même si ce roman fait intervenir un hôpital psychiatrique et son personnel formé à encadrer les malades.

Non la réjouissance vient de la qualité de l'écriture. Bernard Minier sait planter son décor et le décrire de façon admirable. D'ailleurs ici, il a toute sa place et quelle place ! Les Pyrénées, les hautes Pyrénées en plein hiver. Sublimes, glaciales, vertigineuses, tourmentées par les intempéries.

Et puis ce premier crime : la tête d'un cheval suspendue à un portique de téléphérique à deux mille mètres d'altitude ! Une tête de cheval qui oblige police et gendarmerie à faire front et à travailler de concert ! Il faut dire que près de là sont retrouvées les empreintes génétiques du plus célèbre psychopathe enfermé dans l'hôpital psychiatrique de la vallée...

À partir de là, inutile de déranger le lecteur. Il est omnibulé par la suite. Accroché à son fauteuil, ce pauvre lecteur (moi) essaie de découvrir au fur et à mesure de l'intrigue et de la série de meurtres, le lien qui existe entre eux et la tête de cheval. Mais diable que l'auteur est malicieux ! Celui-ci nous entraîne dans de multiples situations qu'il retourne à son aise. Qui est le coupable ? On patine, on glisse, on dérape, on s'enfonce (ne pas oublier le décor qui s'arrange pour être en harmonie avec le lecteur)...

Ils roulèrent à travers un paysage pétrifié de hautes sapinières impénétrables et de tourbières gelées prises dans les méandres de la rivière. Au-dessus d'eux se levaient, formidables et gris, les flancs boisés de la montagne. Puis la vallée se resserra encore. La forêt surplomba la route qui surplomba le torrent, tandis qu'à chaque virage ils voyaient devant eux les grandes racines des hêtres mises à nu par les affouillements du talus.

Bref, l'action est menée tambour battant. Les hypothèses sont nombreuses, et on y perd son latin. Mais pas le commandant Servaz qui se relève sans broncher (ou presque) de tous les pièges tendus, toujours prêt à dégainer une citation latine. Ainsi : labor omnia vincit improbus (un travail opiniâtre vient à bout de tout) pourrait être sa devise.

On peut aussi relever quelques exagérations ou improbabilités, mais ce thriller remplit efficacement sa mission et on passe un excellent moment. C'est une vraie petite bombe glacée et on en reprendrait bien une part !

- Vous savez quelle était la morale de cette histoire ? Car il y en a une, bien sûr : Wells estimait que l'affaiblissement de l'intelligence est une conséquence naturelle de la... disparition du danger. Qu'un animal en parfaite harmonie avec son milieu n'est qu'un pur mécanisme. La nature ne fait appel à l'intelligence que si l'habitude et l'instinct ne suffisent pas. L'intelligence ne se développe que là où il y a changement - et là où il y a danger.

Publié dans Livres

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Velidhu - Que lire ? 15/06/2016 12:42

Je n'ai pas lu celui-là. Mais j'ai lu "Une putain d'histoire" qui est très bien aussi. Comme tu dis, Bernard Minier a l'art d'accrocher ses lecteurs. C'est simple, pourtant épais, ces romans semblent se lire comme des nouvelles !

lemenuisiart 15/06/2016 05:50

Cela me semble un bon livre.

yannn 14/06/2016 13:33

Merci pour ta visite, et ton massage plutôt bien marrant ....
Le matin, si la radio te parle d'une manière inhumaine, tu les traites de noms d'oiseaux!
Tu le dis si bien.
A plus, yann

Nassydz 13/06/2016 21:41

Tentant. Merci pour ta visite. Bonne soirée. Nassydz

missfujii. 13/06/2016 19:46

J'avais découvert Bernard Minier, sur un blog et depuis , j'ai dévoré la trilogie complète et le dernier "Putain d'Histoire" aussi.