Les feux de Raymond Carver

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Les feux de Raymond Carver

Dans ce volume, Carver nous offre quatre nouvelles et, surprise, des poèmes, mais aussi une longue réflexion sur le métier de nouvelliste. Il rend aussi hommage aux écrivains qui l'ont guidé, comme John Gardner.

A l'âge de 20 ans, il est déjà marié et père de deux enfants. Il enfile les petits boulots comme les déménagements. Il n'a pas le temps pour se consacrer à l'écriture comme il le voudrait. Il n'a pas le temps de s'étendre. Alors la nouvelle est le format qui lui convient.

Ma capacité d'attention m'avait fui ; je n'avais plus assez de patience pour m'essayer au roman... A l'orée de la trentaine, j'ai renoncé à tous mes rêves de grandeur.

Un métier qu'il a choisi et qu'il défend. Un format court mais précis, aux mots choisis porteurs de sens. Des mots qu'il retravaille sans cesse pour les épurer.

Les mots, c'est finalement tout ce que nous avons, alors il vaut mieux que ce soit ceux qu'il faut et que la ponctuation soit là où il faut pour qu'ils puissent dire le mieux possible ce qu'on veut leur faire dire.

Des mots pour exprimer son amour, l'amour pour le père et pour les autres, le sens de la vie et sa vacuité, le goût et le pouvoir de l'alcool et de la cigarette, la douleur de vivre des petites gens et leur manque d'espoir...

Le regard qu'il porte sur le monde, le sien et celui des autres, est empli d'une infinie tristesse. Mais qu'on ne s'y trompe pas, son empathie pour ces personnages est immense et sincère. C'est dans les fêlures humaines qu'il plonge son stylo pour en tirer la magnificence de ses écrits. Il est le peintre des petites gens, des exclus de l'American Way of Life.

Dans la caravane voisine de celle-ci
une femme houspille une fillette nommée Louise.
Petite bécasse, je t'avais pourtant dit de laisser cette porte fermée !
C'est l'hiver, bon Dieu !
C'est toi qui vas payer la note d'électricité ?
Pour l'amour du ciel, essuie-toi les pieds !
Louise, qu'est-ce que je vais faire de toi ?
Oh, qu'est-ce que je vais faire de toi, Louise ?
psalmodie la femme du matin au soir.
Aujourd'hui la femme et l'enfant sont sorties
pour étendre le linge.
Dis bonjour au monsieur, dit la femme
à Louise. Louise !
C'est Louise, dit la femme
en donnant une bourrade à Louise.
Elle a perdu sa langue, dit la femme.
Mais Louise a des pinces à linge dans la bouche,
des vêtements mouillés dans les bras. Elle abaisse
la corde à linge,la retient du menton,
y accroche une chemise
et lâche tout -
la chemise se gonfle, claque
dans le vent. Elle baisse la tête
et fait un saut en arrière - esquivant
de justesse cette forme presque humaine.

Publié dans Livres

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fmarmotte5 20/02/2016 12:16

Un auteur que j'aime beaucoup proche du réel hélas dans des drames du quotidien. Bo WE

Mimi 20/02/2016 17:34

La vie de tous les jours est bien son thème...

écureuil bleu 16/02/2016 20:02

J'aime bien l'extrait que tu nous fais découvrir mais je n'aime pas beaucoup les nouvelles (sauf les bonnes)

Mimi 16/02/2016 22:56

C'est vrai que pour moi aussi, les nouvelles sont un format que je lis peu, mais celles de Carver sont emplies d'humanité.

Bernieshoot 11/02/2016 17:08

un auteur qui sait choisir les mots justes et la tonalité de ses poèmes

Mimi 16/02/2016 22:58

Un grand auteur qui remettait sans cesse son travail sur le métier...

manou 11/02/2016 07:51

Les extraits sont superbes et sa façon de parler des mots me touche beaucoup. C'est un auteur que je note car je ne le connais pas. Merci Mimi

manou 11/02/2016 10:45

Merci pour le conseil ! J'ai vu sur le site en ligne que la médiathèque que je fréquente possède quelques recueils...

mimi 11/02/2016 08:55

Pour une première lecture, essaie " tais-toi je t'en prie " un remarquable recueil de nouvelles...

CathyRose 10/02/2016 20:47

Très joli ce poème, criant de vérité !
Belle soirée !
Cathy

Mimi 10/02/2016 23:04

Merci Cathy et à bientôt...