L'écrivain national de Serge Joncour

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L'écrivain national de Serge Joncour

Invité dans une petite ville entre Nièvre et Morvan, Serge, écrivain modeste et peu connu, y arrive alors qu'un drame vient juste d'avoir lieu : le Commodore, personnage puissant et riche de la commune a disparu. Est-il mort ? L'enquête est en cours et les soupçons pèsent sur un jeune couple marginal dont la photo est à la une dans le journal local. Notre écrivain est tout de suite attiré par le regard de la jeune femme et il fera tout pour la rencontrer...

Sur cette page de journal que je tenais entre les mains, Dora continuait de me regarder... C'était sans doute malsain et déplacé de se sentir attiré comme ça par un être en aussi mauvaise posture, c'était surtout hors de propos par rapport à ce qu'on attendait de moi en l'occurrence, mais je n'y pouvais rien, c'était elle qui me convoquait.

Mais les embûches parsèment son chemin. Notre héros est touchant de maladresse, il se perd dans la forêt, arrive en retard aux rendez-vous, perd son ordinateur, se laisse apostropher par une lectrice vipérine... Non, ce n'est pas un distrait mais il est continuellement à côté de la plaque. Pourtant face à la suspicion des habitants, notre écrivain national (sobriquet lancé par le maire du village) tient la barre et ira jusqu'au bout de son enquête.

Serge Joncour décrit à merveille la vie dans une petite commune rurale où tous les faits et gestes des habitants sont connus, décortiqués, commentés et analysés. Il pointe les défauts de cette communauté, tant du côté des paysans ou autres forestiers que du côté des édiles. L'écologie, l'appât du gain sont également au centre du roman.

Je découvrais l'exaltation facile de devenir le centre d'intérêt d'une petite foule aimante, après tout ce n'est pas si courant d'être célébré, applaudi, de se retrouver l'objet de toutes les attentions, dans la vie ça n'arrive que rarement, en dehors des anniversaires et du mariage, voire de l'enterrement. Je croyais goûter là au vertige de la gloire, abordant de plain-pied le mirage de la reconnaissance, alors que c'était juste que dans une ville de deux mille habitants, tout le monde connaît tout le monde, chacun est connu de tous. Dans une ville de deux mille habitants, l'anonymat n'existe pas.

Il nous parle aussi du travail d'écrivain et de ses activités collatérales (dommages collatéraux parfois !) : rencontres avec des lecteurs, des élèves, atelier d'écriture... Ses réflexions sont tout à la fois drôles et acerbes et sûrement autobiographiques.

" Dédicacer une bonne trentaine d’exemplaires, surtout des poches, trente dédicaces coup sur coup, je touchais du doigt l'illusion concrète du franc succès, celui qui prive radicalement du buffet. "

Et si on souhaite en connaître un peu plus sur ce drôle de métier, ce livre-ci vous comblera.

Les autres, on les croise toujours de trop loin, c'est pourquoi les livres sont là. Les livres, c'est l'antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces êtres irrémédiablement manqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n'aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livreront tout de leur plus intime ressort, lire, c'est plonger au cœur d'inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi.

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écureuil bleu 16/02/2016 19:54

Bonsoir Mimi. Tu m'as donné envie de lire ce livre. Je vais le rajouter à ma liste...

Mimi 16/02/2016 22:52

Tu as raison. C'est un bon livre qui met en scène (entre autres) le métier d'écrivain, vu de l'intérieur.

Bernieshoot 16/02/2016 17:09

j'ai commencé une série de livres qui se passe dans le monde rural que je côtoie au quotidien c'est très intéressant

Mimi 16/02/2016 22:53

C'est une partie de la littérature qui nous touche particulièrement.

CathyRose 15/02/2016 15:47

Tu en fais une très bonne critique, j'aime beaucoup ces livres qui se passent dans des petites villes de province où tout le monde se connaît, se suspecte même !
Bel après-midi, bisous !
Cathy

Mimi 15/02/2016 17:50

Quelle ambiance ! Attention, qui se cache derrière le rideau et nous observe ?

Nell 15/02/2016 11:47

Tu es comme Manou, une excellente critique et, comme elle, tu nous entraîne à chaque fois dans un livre. Merci pour cela, Mimi, et très belle journée, ensoleillée ici, et toi?

manou 15/02/2016 16:50

Merci Nell pour tous ces compliments et toi tu es la gentillesse incarnée...
Et toi Mimi soigne-toi bien...Voilà ce que c'est de faire de beaux voyages, après quand on rentre à la maison, on craque...

Mimi 15/02/2016 14:02

Merci Nell ! Beau temps aujourd'hui mais clouée chez moi pour cause de maux de gorge... Heureusement, j'ai de la lecture !

manou 15/02/2016 11:31

Je l'ai aussi beaucoup aimé et le personnage principal est très sympathique. Nous en avions fait une lecture commune dans le cercle de lecture auquel je participe parce qu'on trouvait qu'on ne parlait pas assez de ce livre et de son auteur. Je crois que c'est surtout le bouche à oreille qui a fonctionné...

Mimi 15/02/2016 14:01

C'est vrai c'est un livre dont j'avais beaucoup entendu parler, par des lecteurs et non par la presse. Et leurs critiques m'avaient incitée à inscrire ce roman dans ma PAL. Je n'en ai aucun regret, bien au contraire !