Poésies de François Villon

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Je suis François, dont il me poise,
Né de Paris emprès Pontoise,
Et de la corde d'une toise
Saura mon col que mon cul poise.

Poésies de François Villon

Il est impossible de mettre Villon dans une case, lui qui a si souvent connu la prison, c'est étrange non ? Et oui, sa poésie est Inclassable, ni chanson de geste, ni poésie lyrique, il n'est ni trouvère ni troubadour... Rien de tout ce qui fait la particularité de la poésie du Moyen âge (dix siècles quand même !) n'est applicable au poète.


Lui, il raconte ce qu'il vit, dénonce la société, règle des comptes ou attaque. C'est plutôt un poète de l'actualité. Il ne s'extasie pas non plus sur la nature, mais apprécie drôlement ses compagnes ou compagnons. Il est parfois aussi un poète de l'érotique (pour rester courtoise).

On se gausse, avec lui, des dons improbables qu'il fait aux uns et aux autres. On ressent sa peur face à la mort ou sa haine face à l'évêque. On est charmé par son regard lorsqu'il évoque le passé (où sont les neiges d'antan). On s'interroge sur le pouvoir et sur l'argent. Bref, avec lui, on ressent plaisir, amour et beaucoup d'émotions, mais on est aussi touché par son désarroi.

Frères humains qui après nous vivez,
N'ayez les cœurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six :
Quand de la chair que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal personne ne s'en rie ;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

Extrait : L'épitaphe de Villon

La lecture en vieux français reste parfois difficile, mais je préfère l'effort de lecture à la traduction. Ainsi je retrouve le Villon que j'aime...

Tant gratte chèvre que mal gît,
Tant va le pot à l'eau qu'il brise,
Tant chauffe-on le fer qu'il rougit,
Tant le maille-on qu'il se débrise,
Tant vaut l'homme comme on le prise,
Tant s'éloigne-il qu'il n'en souvient,
Tant mauvais est qu'on le déprise,
Tant crie-l'on Noël qu'il vient.

Extrait : Ballade des proverbes

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La lettrie 15/12/2015 22:23

"l'Epitaphe Villon" est un poème sublime. Belle chronique, Mimi.

La lettrie 16/12/2015 16:39

Oui, moi aussi; c'est très beau.

Mimi 15/12/2015 22:36

Dans ce poème, ce que j'aime c'est qu'il s'adresse à nous, à moi. J'aime cette pensée de traversée de siècles pour nous parler, pour me parler...

écureuil bleu 13/12/2015 20:19

En vieux français c'est difficile à lire. Dans son épitaphe il a repris des vers de sa "Ballade des pendus". Bonne soirée Mimi

Mimi 14/12/2015 07:53

C'est vrai, mais pour Villon, je fais l'effort. Belle journée...

pol 11/12/2015 19:31

ton article tombe bien, je viens de commencer la lecture de je françois villon de jean teulé

pol 11/12/2015 21:53

jean Teulé possédé un talent protéiforme et un côté lunaire qui me subjuguent

Mimi 11/12/2015 20:19

J'en ai aimé la lecture...

Nell 11/12/2015 10:19

C'est vrai que le vieux français peut, parfois, être une sorte de retenue quand à la lecture. Ne nous fions pas à cela car le verbe, le sens, tout est dit et mis avec grand panache. Ce sont mes impressions. Bonne journée, Mimi, et gros poutous.

Mimi 11/12/2015 15:13

Villon est un de mes poètes préférés, au même titre que Verlaine. Il faut croire que j'ai une attirance pour les poètes maudits. Mais comme tu dis, quel panache !
Bisous Nell