Drôle de garçon de Shyam Selvadurai

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C'est d'un de ces dimanches de mes sept ans que date mon exil loin du monde que j'aimais. Comme un navire qui quitte le port pour la haute mer, j'ai été arraché au havre paisible de l'enfance pour être jeté dans les eaux tumultueuses de la vie adulte.

Drôle de garçon de Shyam Selvadurai

Quand le récit débute, Arjie, jeune sri-lankais, a sept ans. Il sait déjà qu'il est différent des autres. Il adore jouer à la mariée avec sa sœur et ses cousines qui lui offrent volontiers le rôle principal. Les regards et les paroles qu'on lui adresse contiennent un certain recul qu'il ne sait pas analyser. Son père dit de lui qu'il est bizarre. Mais pour lui, "bizarre signifiait étrange, inattendu, comme dans l'expression "Tiens, c'est bizarre". Mais ce n'était pas ce qu'avait sous-entendu son père car il l'avait prononcé d'un ton dégoûté."


Et puis voilà qu'un jour, son père décide de le changer d'école. Il doit intégrer la Victoria Academy, une école où l'on forge des hommes, des vrais. Arjie ne comprend pas ce changement mais il ne peut que s'incliner devant la volonté paternelle. Et petit à petit, Arjie en devenant ami avec Shehan va comprendre ce qui le trouble depuis longtemps. Il va comprendre son homosexualité et l'accepter.

Excellent roman, qui contient certainement une large part autobiographique, dans lequel au fil des années, Arjie va être confronté à la différence, au racisme, aux discriminations envers les minorités tamoules. Ce seront ses années d'éveil à la vie et à ses contradictions. C'est aussi grâce à ses écrits que nous appréhendons la culture indienne (le mariage arrangé, la nourriture, la religion, etc) et que nous cernons les conflits ethniques sanglants opposant tamouls et cingalais qui ont eu lieu dans les années 80. Tous ces aspects sont vus et ressentis par l'enfant, l'adolescent puis le jeune homme que devient Arjie, juste avant qu'il émigre au Canada.

La lecture est facile d'accès, elle reflète les réflexions d'Arjie à différents stades de sa vie. De plus, le lecteur aimera retrouver les références littéraires du héros, parfois curieuses vues de l'Occident.

On allait m'habiller en mariée, j'allais me transformer sous mes propres yeux ; on allait m'entourer un sari autour du corps, épingler le voile sur ma tête, me poser du fard sur les joues, du rouge sur les lèvres, du khôl autour des yeux ; j'allais me métamorphoser en un être plus resplendissant et plus beau, reine d'un jour...

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Béatrice 06/11/2015 18:49

Il me tente bien cet ouvrage qui aborde un thème que je connais bien, puisque je travaille auprès d'enfants dits "différents" :) Merci pour ce beau résumé!

Mimi 07/11/2015 14:33

Merci Béatrice de ta visite et à bientôt...