Otages intimes de Jeanne Benameur

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Cet homme a vu tout ce que la guerre permet, il a eu les armes en mains, lui il avait juste son appareil. Ce qu'ils peuvent avoir en partage, c'est l'effroi, il en est soudain conscient et ça lui fait horreur. Aucun des deux n'est plus innocent de ce qu'un homme peut faire à un autre homme. C'est un souvenir qu'aucune paix n'efface.

Otages intimes de Jeanne Benameur

Captif. Étienne l'est. L'était. Le sera ? Il revient doucement à la vie après une longue période, emprisonné, confiné entre quatre murs par qui exactement, il ne le sait pas. Son métier, photographe de guerre.

"Oui, ses mains ont rêvé de tenir une arme, pas seulement l'appareil photo. Ça , il ne pourra pas l'oublier non plus. Quand il n'en pouvait plus d'être traité juste comme une marchandise qu'on va échanger, qu'on garde en état de vente, c'est tout. Quand il n'était plus pour qui que ce soit autour de lui, un humain."

Captive, sa mère aussi dont les désirs sont enfouis au fond d'elle même et qu'elle a tus pour lui, pour les autres. Les autres comme Jofranka, captive de son passé, petite fille recueillie qui ne sait d'où elle vient, mais qui est au service des femmes martyrisées. Captif aussi, Enzo dont la mère est partie, le laissant seul avec le père, n'osant quitté le village et les repères de son enfance.

"Dans la tête d'Etienne deux mots qui ne le quittent pas A peine.
A pein
e.
C'est comme si on s'était à peine quittés.
A peine... mais la peine, elle est là et nous sommes à peine présents. Notre peine secrète, ancienne. Notre peine qui essaie encore de passer inaperçue... Nous sommes quatre autour de la table. Quatre à peine
."

Et puis, il y a aussi Emma et tous les autres personnages de ce roman intime dans lequel on entre comme dans l'âme de chacun d'eux. Jeanne Benameur sait choisir les mots. Son écriture sensible nous dit toute la douleur d'Etienne. Son écriture lyrique nous parle de noirceurs et de beautés. C'est beau et fragile à la fois. On lit ce roman comme un murmure. On sent à chaque instant que toute construction peut s'effondrer. Il y a tant de douleur partout. Mais aussi tant de beautés dans le jardin de la mère, dans la nature si proche, dans le bois sculpté par Enzo, dans la musique. Tant de bonheur dans l'amitié et dans l'amour. Alors, oui, peut-être que chacun y puisera ce qu'il cherche et brisera ses propres chaînes.

C'est ma première découverte de Jeanne Benameur et je dois avouer que j'ai été touchée, profondément, par son écriture. Et c'est à vous, que je dois ce partage. Par vos critiques si souvent élogieuses vous m'avaient donné l'envie de plonger dans l'univers de cette auteure. Je vous en remercie. Maintenant j'ai du retard à rattraper, mais quel bonheur de savoir que de belles rencontres sont à venir...

Elle murmure dans le huis clos de leurs visages des paroles qui disent que le mort et le vivant sont là, en eux, en chacun de nous, toujours toujours et que notre vie va d'un pas hésitant parfois plus proche de l'un ou de l'autre...

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zazy 13/09/2015 23:08

C'est un livre que je vais lire

Mimi 13/09/2015 23:16

C'est un bon choix...

Bernieshoot 13/09/2015 12:02

une lecture qui doit effectivement être touchante

Mimi 13/09/2015 23:16

Touchante et forte...