Seul dans Berlin

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Récompenser et punir, voilà qui était la meilleure façon de gouverner.

Seul dans Berlin

Ravagée par cette lecture.

Au début, je me disais c'est chouette l'auteur parle de cette période comme s'il nous racontait une histoire, comme dans le fameux film de Roberto Begnini "La vie est belle". Moi ça m'allait parce qu'il faut bien avouer que j'avais abordé cette lecture la peur au ventre. Les lectures sur les guerres ne me laissent jamais insensible. Je connaissais l'engagement de Sophie Scholl et de son frère mais je n'avais aucune idée du comportement de leurs compatriotes. J'avais peur de savoir. Alors ce ton, un peu goguenard du début m'aidait à avaler la pilule. Et puis, plus j'avançais dans le récit, plus la cruauté était présente et les exactions insupportables. Et là, il a bien fallu que j'accepte l'évidence : ce ton goguenard était en fait du cynisme et il reflétait le comportement des maîtres du "jeu".

Quelle connerie la guerre, disait notre ami Prévert. C'est vrai, la guerre n'est qu'une foutue saloperie qui donne la possibilité à des imbéciles d'exprimer toute leur ignominie sous couvert de patriotisme. Licence est donnée à un tas de crétins d'exprimer toute la noirceur de leur âme : envie de supériorité, pouvoir, cruauté, hypocrisie, trahison, délation, lâcheté, haine, et surtout profit.

Seul dans Berlin est une lecture accablante. On y découvre la réalité nazie vue de l'intérieur, comment les Allemands ont pu (ou dû) accepter la folie du Führer et de ses sbires. Ah, posséder un petit pouvoir et faire pression sur son entourage, familial ou autre ! Quel délice pour certains. Ah, spolier son voisin car bien sûr, il ne mérite pas ce qu'il possède, c'est un voleur ! On y apprend aussi comment la population allemande a été enrôlée, plus ou moins contre son gré, dans toute la batterie de formations dédiées au service du Führer : jeunesse hitlérienne, École Militaire, service de travail pour les femmes, adhésion au parti... Car "le parti est tout, le peuple n'est rien". Tout a été prévu pour contrôler la population, lui tenir la bride, la soumettre, et surtout lui faire peur. "Ils ont tous peur. Mais pourquoi en fait ? Tout est pourtant facile pour eux, ils n'ont qu'à faire ce qu'on leur dit." Le moindre petit pas de travers et vous étiez accusé de haute trahison envers l’État et condamné à mort lors d'un simulacre de procès. Mais avant, vous aviez le droit de descendre dans les caves de la Gestapo pour avouer, et vous avouiez car les tortures étaient insupportables. Alors, même le plus petit, le plus insignifiant acte de résistance est un acte de courage. "Peu ou beaucoup, personne ne pouvait risquer plus que sa vie".


1940, rue Jablonski, Berlin. Un petit immeuble comme un autre où vivent quelques familles presque encore ordinaires. Mais ce petit monde, au fur et à mesure de l'avancée de la guerre, va évoluer. Nous allons faire connaissance avec des Allemands dont les choix seront différents car non, les Allemands, ne se sont pas tous laissés embrigader par les propos de leur Führer, comme ce couple d'ouvriers berlinois, les Quangel, entrés en résistance après la mort de leur fils unique. "Mère ! Le Führer a assassiné mon fils". De nombreux personnages gravitent autour d'eux et permettent d'apprécier l'étendue des comportements sous le IIIe Reich.



Un magnifique réquisitoire sur la résistance allemande, bouleversant, tragique et cependant avec une petite lueur d'espoir. A vous de découvrir la boîte de Pandore.

Hans Fallada est le nom d'écrivain allemand de Rudolf Ditzen, né le 21 juillet 1893 à Greifswald, mort le 5 février 1947 à Berlin. Il a eu pour mission d'écrire un roman d'après les archives de la Gestapo, sur un couple d'ouvriers berlinois entrés en résistance. Le titre original du roman est Jeder stirbt für sich allein (chacun meurt seul). Cette commande avait pour but d'agir pour la dénazification de la RDA, d'offrir un modèle de courage pour la population.

Le blanc, le noir n'existent pas, mais tout est nuance de gris, ainsi est faite l'humanité. C'est ce que voulait démontrait Hans Fallada dans son roman intégral et qui a été coupé dans la première édition pour rendre le personnage d'Anna Quangel (elle faisait partie de la branche nazie féminine) plus lisse. Dans la version que j'ai lue, ce chapitre a repris sa place.

Au sujet de ce livre, vous pouvez écouter le podcast sur France Culture, émission La fabrique de l'Histoire par Emmanuel Laurentin (résister au nazisme) ici.

Publié dans Livres

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Vincent.S 18/08/2015 12:53

J'adore, tout comme Caroline, j'ajoute à ma liste d'envie ! :3

Merciiiii

23/08/2015 16:21

Merci Vincent pour tous tes commentaires. Je suis désolée, mais je n'arrive toujours pas à ouvrir ton blog. Ma curiosité n'est toujours pas satisfaite...

Mimi 20/08/2015 08:30

Merci de tes visites et tes commentaires. A bientôt...

Caroline 18/08/2015 12:38

Très bonne critique !
C'est le genre de livres que j'aime beaucoup, je l'ajoute dans ma liste de lecture ! :)

Merci du partage !

Mimi 20/08/2015 08:29

Merci pour ton message.