Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf

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Sa mémoire était incroyablement précise -sans doute trop précise pour son propre bien. Son temps de réaction était quasi nul. Il était capable de percevoir, évaluer et agir d'instinct en un seul mouvement fluide. Son intelligence innée faisait plus que compenser son manque d'instruction scolaire. Il avait l'esprit vif, les idées claires, le jugement sûr et, inutile de le dire, une volonté inflexible. Toutes choses que Wilbur admirait sans limites.

Le seigneur des porcheries de Tristan Egolf

Pas facile cette lecture !
Oh non, ce ne sont ni le thème, ni l'écriture qui m'ont freinée dans la lecture, mais la désespérance qui suinte de partout. J'ai dû faire pas mal de pauses pour reprendre ma respiration et ne pas me laisser envahir par toute la compassion que je témoignais à ce héros (mais est-ce bien le mot ?), tombé du nid, se relevant et retombant sans cesse devant l'indifférence générale.

Les braves gens n'aiment pas que... Comme disait l'ami Brassens et dans ce roman, c'est un axiome que l'on trouve à toutes les pages ou presque.
Dès son plus jeune âge, John est différent des autres. Il s'ennuie sur les bancs de l'école et n'est passionné que par l'exploitation de la ferme familiale qu'il mène de mains de maître. Il dort à l'école, ne s'y présente que contraint et forcé et personne, non personne, même pas sa mère, ne se pose des questions quant à son comportement. Ni les instituteurs qu'il croise, ni les policiers qui l'emmène en classe, ni les grenouilles de bénitier qui veulent soigner son âme.
Il devient pour les autres une tête de turc, jusqu'au moment où il se rebelle et jusqu'au moment où une pluie d'événements malchanceux lui tombent dessus...

Mais qui pourrait le comprendre, quand tout le monde est là pour tirer profit des plus humbles que soi, quand tout ce qu'il côtoie n'est que crasse, alcool, bagarre. Il est quasi mutique mais il observe l'humanité autour de lui et ce qu'il voit ne l'encourage pas à aimer son prochain, et surtout pas les bigotes de service, vraies harpies aux doigts crochus. La perversion touche tous les niveaux : éducation, police, justice, etc. A croire que la région de Baker (au fin fond des Etats-Unis), n'est peuplé que d'un ramassis de l'humanité, de brutes alcoolisées...
John va souffrir, endurer, supporter toute la méchanceté, le racisme, l'hypocrisie, la bêtise, mais doté d'une intelligence fulgurante, sa vengeance sera à la hauteur des traumatismes subis.

Une lecture difficile mais un beau roman qui vous prend aux tripes et ne vous lâche plus. Et quand même une lueur d'espoir dans toute cette noirceur, l'amitié qui lie John à Wilbur, et d'une certaine façon à ses autres compagnons de galère, les boueux, ceux qu'on estime autant que les ordures qu'ils évacuent de la ville.

Après une telle lecture, la suivante sera légère et sans prise de tête. Je me tourne vers ma bibliothèque. Que choisir ? Tant de livres me tendent les bras, m'appellent, me font de l'oeil. Non, non, ne me soumettez pas à la tentation. J'ai besoin de souffler là. Ah oui, tiens, ça, ça va me détendre...

...la consommation d'alcool sous à peu près toutes ses formes est, d'un point de vue tant historique que contemporain, aussi inséparable de la plèbe de Baker que son credo profondément ancré de jalousie, de méfiance et de mépris de son prochain.

Publié dans Livres

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Bernieshoot 06/08/2015 16:35

une lecture ardue qui doit avoir du sens

Caroline 06/08/2015 12:22

Merci du partage !