Le roi des fougères de Jean Anglade

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Le roi des fougères de Jean Anglade

Autrefois quand j'allais chez mes grands-parents, le soir avant de dormir, mon grand-père me racontait une histoire. Une histoire qu'il inventait. Je le regardais, les yeux grand ouverts. J'aimais sa façon de parler, il cherchait ses mots, il cherchait ses phrases, il essayait de construire une histoire. Mais parfois, son ton était hésitant, ses phrases chancelantes et la fin de son histoire bancale. Mais quelle importance ! J'avais dix ans et une histoire rien que pour moi.

Alors, je me suis posé la question : était-ce Grand-père qui avait inventé "Le prince des fougères" ? Cette histoire de petit garçon qui fuit sa famille parce qu'il a surpris son père en train de se faire gronder par son supérieur ?
Le père de Zébédée, ce père qu'il admire tant, est conducteur de tram à Clermont-Ferrand et Zébédée parcourt quelquefois la ville en sa compagnie. Mais ce jour-là, il est mortifié de voir son père baisser la tête devant les remontrances de l'inspecteur. Alors, il s'enfuit dans la montagne et est recueilli par le roi des fougères, un marginal au coeur gros comme ça...

C'est une histoire simplette, pleine de tendresse, de naïveté, mais qu'il est bon d'avoir encore dix ans !

Il faut dire, pour ceux qui l'ignorent, que Montferrand est une curieuse paroisse... Autrefois ville indépendante, riche et belle, elle fut mariée de force par le roi Louis XIII à sa voisine. Mais depuis trois siècles, elle ne s'est jamais entièrement résignée à la soudure. Peut-être l'aurait-elle mieux acceptée si, dans l'affaire, on ne l'avait amputée de sa tête ; si, par exemple, on avait choisi d'écrire Cler-Montferrand au lieu de Clermont-Ferrand qui a fait gagner une queue à sa rivale. Ces questions de syllabes ont une grande importance dans l'histoire locale. L'orthographe choisie par ce bégayeur de Louis XIII indique nettement sa volonté de décapiter l'une au profit de l'autre.

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